Que ceux qui pleurent en regardant les Feux de l’amour restent chez eux le 14 juillet. Le jour de la fête nationale, le sarko-show verse dans l’avalanche de bons sentiments.
C’est Ségolène Royal qui doit être contente ! «Aimons-nous les uns les autres», conjurait l’ex-candidate socialiste lors de son meeting à Charlety pendant la campagne. Il semble que son adversaire victorieux à l’élection présidentielle l’ait entendue, puisque c’est sous le signe de l’amour qu’était placée la garden-party de l’Elysée cette année. La rupture, c’est aussi ça. Le 14 juillet, on ne fera donc plus de politique. Ca, c’était avant, sous l’ère ringarde de Chirac ou Mitterrand. D’ailleurs Nicolas Sarkozy s’est tellement moqué de ces entretiens annuels où le Président répondait aux questions des journalistes en direct pendant une heure, comparant même Chirac à Louis XVI réparant des serrures tandis que le peuple gronde, qu’il aurait eu beau jeu de faire pareil. Pas de politique donc, mais à la place, des bons sentiments et surtout de l’amour, beaucoup d’amour.
Sur la musique du Parrain…
Déjà, sur le carton d’invitation digne d’un couple de jeunes mariés, on peut lire «Le Président de
la République et Madame Carla Sarkozy vous prient de leur faire l’honneur d’assister à la réception qu’ils offriront». Une première. Ce n’est que le début d’une avalanche d’émotions. Le matin même, grand moment : l’acteur Kad Mérad lit
la Déclaration des droits de l’homme devant Bacher El Hassad. On en est encore touché en le croisant dans les jardins de l’Elysée, entre Régine et Hugues Aufray. «C’est très people», fait remarquer un général en uniforme, et c’est vrai, mais sur le choix des invités, on sent aussi que s’est posée la main magnanime de celui qui sait pardonner. L’ex-très Chiraquien David Douillet est là tout comme Charles Pasqua.
Tandis que l’orchestre joue la musique du Parrain, on partage un moment d’exception, oubliant pour un jour les règlements de comptes : à côté des nouveaux chouchous comme Jean-Claude Dassier (nouveau patron de TF1), on croise les maîtres fragiles d’une époque révolue, de Patrick Carolis (futur-ex-président de France Télévision) à Robert Namias (ex-directeur général adjoint de TF1) en passant par Jean-Pierre Elkabbach. Les clivages s’abolissent, Jack Lang taille dans le buffet tandis que Manuel Valls taille la bavette avec Patrick Devedjian et le journaliste de TF1 François Bachy. Seul François Fillon est absent, un vilain mal de dos l’empêchant de prendre part aux réjouissances. Et Robert Ménard bien sûr, le président de Reporters sans frontières, mais lui n’avait qu’à pas se faire arrêter le matin même pour avoir déployé des banderoles malséantes à l’égard du Président syrien en visite à Paris.
On vous aime !
Et puis, c’est l’acmé, le feu d’artifice. Nicolas Sarkozy remet la légion d’honneur à Ingrid Bétancourt. Au nom de Carla et de Bernard Kouchner, mais aussi de «l’ensemble de la nation, on veut vous dire qu’on vous aime», lance le Président à l’ex-otage. Ingrid, très émue, fait elle aussi un petit discours pour ses compagnons d’infortune. Elle «compte sur Monsieur le Président», mais aussi «sur Carla» et sur Bernard Kouchner pour les faire libérer. Nicolas Sarkozy promet dans la foulée de faire libérer le soldat israélien Gilad Shalit et tous les prisonniers, «même ceux qui ont perdu espoir, même ceux qui n’y croient plus». C’est beau. On voudrait que tous les jours soient un 14 juillet. Manque de bol, demain c’est le 15.